© Fanny de Chaillé

Le Robert

Une performance de Fanny de Chaillé
Avec Christophe Ives
Lumières Caty Olive

Production Le Labo d’octobre – Nantes – octobre 2000


“Au commencement, l’objet Le Robert est obsession, obsession quand il s’agit de formaliser la pensée : revenir indéfiniment à LA référence quand il s’agit de trouver les mots, le mot.

Mes recherches sur le travail de Bernard Heidsieck (son rapport à l’oralité), et plus particulièrement sur la série de poèmes Derviche/Le Robert1, nourrissent cette obsession. Le Robert ne me quitte plus. Le travail de recherche terminé, je décide dans un premier temps de jeter ce foutu dictionnaire : ne plus en entendre parler, ne plus l’entendre parler.

Comment dépasser cette obsession ? C’est par l’action de transformation que Le Robert reprend forme : chacune des pages du dictionnaire est enduite de paraffine et ceci jusqu’à ce que les mots et définitions qui le constituent disparaissent. Par cette action le dictionnaire perd sa seule et unique fonction et gagne en matérialité, en souffle.

Cette action se dilue progressivement dans la forme sculpturale que prend l’objet : très vite il s’impose et devient une colonne transparente, ravissante…

Devenu objet esthétisant, il ne peut se réduire à cette fascination. D’objet spécifique destiné à être exposé, il devient objet à mettre en scène, à interroger dans sa représentation. Lui rendre alors son oralité, questionner le rapport à la langue écrite, à la théâtralité2 (ce combat entre Fried et Judd), le mettre en présence, lui donner corps.

Par l’action de Christophe Ives, Le Robert est performance.

1 A partir de chaque lettre du Robert, chaque mot inconnu rencontré est répertorié et devient l’objet d’une fiction textuelle.
2 Comment penser la théâtralité de l’objet exposé, ce combat entre Fried et Judd ? Voir à ce sujet Georges Didi-Huberman, Ce que nous voyons, ce qui nous regarde, pages 37-53, Collection Critique, Editions de Minuit, Paris, 1955.